Martin
Jolicoeur
Jolicoeurm@transcontinental.ca
Vous êtes à la cabane à sucre avec la famille. Les crêpes, le sirop, les fèves au lard… Tout se passe bien jusqu’à ce que vous réalisiez que c’est dimanche et que demain, lundi, le travail vous attend ! C’est alors que vous perdez l’appétit. Le week-end n’est pas terminé, mais dans votre tête, c’est déjà lundi matin. Si c’est votre cas, le temps est peut-être venu de songer à un changement professionnel. La moitié des Québécois seraient à ce point insatisfaits de leur travail qu’ils jongleraient régulièrement avec l’idée de démissionner ! Qui dit changement professionnel ne dit pas nécessairement changement d’emploi. La revitalisation pure et simple de son emploi est souvent la meilleure des solutions. Mais attention : si elle peut être facile à réaliser, il arrive qu’elle donne du fil à retordre. Dans la plupart des cas, cependant, elle vaut quand même la peine d’être essayée.
Le nirvana
Prendre une telle décision, c’est choisir de prendre les moyens nécessaires pour redonner à son travail la couleur, le profil, l’allure et le rythme que vous souhaitez. Avant d’agir et de tenter de provoquer les changements auxquels vous rêvez, une sérieuse introspection s’impose. Quelles sont vos valeurs, vos compétences et vos intérêts ? Quel mode de vie privilégiez-vous aujourd'hui ? Ces traits correspondent-ils toujours à ceux de l’entreprise pour qui vous travaillez ? « Tout part de soi, explique Bill Marchesin, conseiller en gestion de carrière et auteur de Souriez, c’est lundi, un livre traitant du bonheur au travail. Le seul fait d’engager une réflexion sur son travail et les façons de le rendre plus intéressant suffit souvent à le rendre plus attrayant. » Au terme de cette réflexion, une personne est normalement en mesure de mieux comprendre sa place dans l’entreprise, ce que son patron attend d’elle, et de découvrir les irritants qui l’empêchent d’atteindre son nirvana professionnel ! Cet état d’extase, où l’individu a le sentiment d’occuper le poste adapté à ses besoins et objectifs, dépend en grande partie de l’équilibre que lui procure son travail. La présence d’un ou de plusieurs irritants a pour effet d’empêcher ou de nuire à l’équilibre nécessaire au bonheur de chaque travailleur.
Une question d’équilibre
Dans Devrais-je démissionner ?, Alain Samson, l’auteur à succès d’une trentaine de livres sur la gestion, explique qu’un bon emploi doit présenter un juste équilibre entre quatre facteurs. Un emploi devrait offrir : a) un cadre de travail où l’on se sent bien; b) la possibilité d’apprendre; c) une rétribution équitable; et d) la possibilité d’effectuer des tâches que l’on apprécie. La majorité des travailleurs mécontents trouvent la source de leur insatisfaction dans leur cadre de travail. « Les possibilités de déraillements y sont absolument multiples », reconnaît M. Samson. Qu’on pense aux relations interpersonnelles entre collègues (jalousie, crise de pouvoir, etc.), au degré d’encadrement de son patron (trop présent ou trop absent), à l’aménagement des espaces de travail (fenêtre, mur ou cloison), ou aux équipements de travail utilisés (Mac ou PC, etc.). Les irritants responsables d’un déséquilibre doivent être attaqués. Si une personne se plaint de manquer d’atomes crochus avec son patron, elle devra en développer, dit M. Samson. De la même manière, si un individu a le sentiment d’occuper une fonction qui l’empêche d’apprendre, rien ne sert de doubler son salaire ou la superficie de son bureau. Pour satisfaire ce vide, M. Samson suggère plutôt d’assister à des colloques et conférences, d’échanger de poste avec un collègue pour une journée, de faire appel à un mentor ou de se proposer par exemple pour s’occuper des nouveaux employés. Si le problème tient plutôt au fait que les tâches qui vous sont assignées vous paraissent peu intéressantes, l’auteur suggère par exemple d’apprendre à travailler en tenant compte de ses cycles énergétiques. Les tâches les plus difficiles devraient être effectuées au moment où vous avez le plus d’énergie. Il est parfois aussi possible de proposer d’effectuer des tâches ennuyeuses en équipe, de les diviser en fonction des intérêts de chacun, ou encore de les faire en rotation, à tour de rôle. À chaque problème existe une série de solutions.
Se faire aimer
Revitaliser
son travail est donc d’abord une recherche de l’équilibre perdu.
Mais ce rééquilibrage ne peut se faire seul, sans la collaboration
de ses collègues ou de son patron. C’est ainsi qu’avant de proposer
quelque changement que ce soit, Alain Samson insiste sur l’importance
« d’avoir placé ses cartes » avec intelligence. En
d’autres termes, il faut se faire suffisamment aimer et éviter
de se faire des ennemis. Comme tous les patrons sont différents,
la grande difficulté est de découvrir comment augmenter
sa valeur à ses yeux, sans passer pour un téteux de boss
aux yeux de ses propres collègues. Ce grand art, apparenté
à celui du trapéziste, fait l’objet d’un autre livre d’Alain
Samson, Gérez votre patron. « Si le patron vous apprécie
au point de craindre de vous voir partir, il vous écoutera »,
dit-il. Peut-être pourrez-vous ainsi vous remettre à respirer,
à profiter de vos dimanches et embrasser les lundis matin avec
le sourire.